Le 2 décembre toujours, la coordination nationale réunie à Nantes, ouvertement dirigée par les Jeunesses Communistes Révolutionnaires (JCR), a publié un communiqué dans lequel elle déclare que la mobilisation « a contraint la ministre de l’Enseignement supérieur à un déblocage de moyens pour l’université ».
La vente de 3 % d’EDF dès le lendemain de son annonce, pour appliquer la LRU, c’est-à-dire pour appliquer la privatisation-fermeture des universités, la destruction des diplômes nationaux : serait-ce une « avancée » ?
Dans une interview du quotidien Métro (4 décembre), que peut-on lire ?
- Métro : « Nicolas Sarkozy vient d’annoncer une privatisation de 2,5% d’EDF, qui permettra de dégager 5 milliards d’euros pour un grand plan campus. C’est un cadeau du ciel ? »
- Valérie Pécresse : « Non, ça fait plusieurs mois que nous travaillons sur ce scénario. Mais il fallait que la loi d’autonomie soit votée. Cette loi va permettre aux universités d’acquérir la compétence immobilière et d’être plus responsables et plus libres dans ce domaine. »
Cinq milliards d’euros prévus de longue date… pour la privatisation des universités !
« Mais il fallait que la loi d’autonomie soit votée » ! Et notamment que son article L719-13 soit appliqué (1) pour que puisse débuter le pillage du patrimoine immobilier universitaire par le privé, le pillage des universités.
Microsoft vient d’ailleurs de « signer pour trois ans un partenariat socio-économique » avec l’université Lyon-I, débloquant « 180 000 euros pour ce partenariat » (Métro, 4 décembre).
Des formations “Microsoft”, des diplômes “Microsoft”, n’est-ce pas l’inverse des diplômes nationaux dont la défense est exigée par les milliers d’étudiants réunis en Assemblées générales (AG) depuis octobre ?
Des diplômes “Microsoft”, n’est-ce pas l’application de l’article L713-1 de la LRU qui fait voler en éclat l’offre de formation définie nationalement et garantissant l’égalité de traitement des étudiants sur tout le territoire (2) ?
Alors où sont les « avancées importantes » dont fait état Bruno Julliard, relayées par la coordination nationale dirigée par les JCR ?
Valérie Pécresse l’avoue elle-même dans cette même interview à Métro :
- Métro : « Avez-vous le sentiment d’avoir beaucoup modifié votre réforme par rapport au point de départ ? »
- Valérie Pécresse : « Non, la loi est intacte. Elle a été concertée, débattue au Parlement, adoptée et elle est en train d’être appliquée par les universités. »
Ne faut-il pas voir dans le refus des uns et des autres d’affirmer clairement « sans abrogation de la LRU, pas d’avancée ! », une explication au fait que ni les uns, ni les autres n’appellent à la tenue d’une manifestation nationale au ministère de dizaines de milliers d’étudiants et de personnels pour gagner, pour obtenir l’abrogation de la LRU ?
Ne faut-il pas voir dans ce refus des uns et des autres, une subordination à la politique de l’Union européenne et à ses directives, à l’origine de la LRU (cf. article de Nedjib) ?
En refusant de répondre aux AG de milliers d’étudiants, qui se prononcent pour une manifestation nationale au ministère pour obtenir l’abrogation de la LRU, ne prennent-ils pas la responsabilité de condamner le mouvement étudiant ?
Ces questions, nous les soumettons à la discussion de chacun et nous invitons tous les jeunes à formuler leurs réponses en participant aux réunions de l’AJR qui se tiendront dans les prochaines semaines partout en France.
Pierre Kharine
(1)« L’Etat peut transférer aux établissements publics (…) la pleine propriété des biens mobiliers et immobiliers qui leur sont affectés »
(2)« Les universités regroupent diverses composantes qui sont : (…) des unités de formation et de recherche (…), créés par délibération du conseil d’administration [CA] de l’université »